C'est quand même assez hallucinant. Je vous rappelle que le préfet des Côtes d'Armor par délégation avait inauguré il y a quelques semaines, une exploitation de 185.000 poules pondeuses à Goudelin, en pleine crise des algues vertes. Donc aujourd'hui, lorsqu'il dit : "je n'ai plus besoin des agriculteurs" ou "il faut en supprimer 2000" , cela semble quand même assez incohérent.
En fait, il se tire une balle dans le pied en faisant ce genre de déclaration ?
Non, je crois qu'il se protège.
Il se protège de quoi ?
je pense que l'Etat sur ces problématiques agricoles, sur ces problèmes de qualité de l'eau est très mal à l'aise. J'ai plus l'impression que chacun cherche à se défausser plutôt qu'à assumer ses véritables responsabilités.
On attend toujours le rapport de l'autopsie du chauffeur qui conduisait le camion transportant les algues vertes ...
Est-ce que l'on ne nous dit pas toute la vérité ?
Depuis le début l'on nous cache beaucoup de choses. Je voudrais dire très sincèrement, que je suis critique sur le modèle de développement intensif tel qu'il a été mis en place dans une certaine partie de l'agriculture bretonne. Il est important de préciser que ce n'est toute l'agriculture bretonne qui est visée. Je suis donc surpris de voir l'Etat faire volte-face aussi brutalement.
Pourquoi cette réaction de l'Etat dans ce cas là ?
Je pense que l'Etat est désemparé, l'Etat n'a plus de moyens. Auparavant , il y avait les Directions Départementales de l'Agriculture et de la Forêt qui étaient capables d'impulser de vraies politiques locales, territoriales.
Que proposent les socialistes sur cette problématique ?
Nous demandons que la politique agricole soit définie au niveau des territoires.
Quelle va être désormais la posture du préfet des Côtes d''Armor après ses déclarations et après la réaction du monde agricole qui exprime son mécontentement ?
Paradoxalement si l'on demande au préfet, comment faire pour avoir des résultats dans cinq ans et qu'il réponde : il faut supprimer tant d'exploitations agricoles dans les bassins versants, il apporte une réponse technique, sécurisée. Il faut se mettre à la place de ces hommes, de ces femmes qui ont un projet de vie. Sous prétetxe que l'Etat a laissé faire un certain nombre de choses, il faudrait condamner des agriculteurs sur un bassin versant ? C'est inacceptable !
Quelle est l'alternative capable de conjuguer un environnement de qualité avec une production agricole efficace, dynamique et respectueuse de la nature ?
La régionalisation de la politique de l'eau au niveau des Régions est la seule hypothèse efficace. Cela passe aussi par la régionalisation au niveau de la politique agricole commune (PAC). Tout ceci pèse entre 700 et 800 millions d'euros. Il faut que cet argent public soit donné en direction d'une autre agriculture, d'une reconversion de l'agriculture bretonne. Il est quand même paradoxal de constater que les plus grosses primes PAC sont touchées par ceux qui ont les modèles de production intensive les plus forts, ce qui n'est pas normal. Les aides publiques sont orientées principalement vers l'élevage intensif. Il faut réorienter la PAC vers une agriculture plus durable, plus respectueuse de l'environnement puis, il faut accompagner les restructurations. Je pense que la production agricole en est pleinement consciente au moins la base, donc les agriculteurs. Ils ont bien conscience de ce déséquilibre qui est intervenu, encore faut-il maintenant les aider.


