Quatre Ministres, pas moins, dont le 1er, François Fillon, pour une rentrée politique à Saint-Michel en Grève, plus de 25 ans après la venue sur cette même plage de Michel Crépeau, Ministre de l’environnement. L’objet de cette visite était de démontrer la présence de l’Etat sur le sujet brûlant de la prolifération des algues vertes en Bretagne. Il faut bien reconnaître la réussite de ce coup médiatique sur le moment mais j’ai bien peur qu’au final, encore une fois, les Bretons n’y trouvent pas leur compte.
Le 1er Ministre est donc venu à nous pour dire avec solennité que ces algues en décomposition pouvaient être dangereuses en générant un gaz hautement toxique, l’hydrogène sulfuré.
Il aura donc fallu la mort de deux chiens, d’un cheval, sans doute l’émission Thalassa et bien évidemment la mobilisation permanente des associations de l’environnement pour que l’Etat diligente une étude sanitaire qui débouche sur ces résultats.
Deuxième annonce, l’Etat prendra à sa charge les frais de collecte et de traitement de ces algues pour les communes concernées. On prend bien évidemment acte de cette décision mais on notera au passage que le 1er Ministre n’a pas, à un seul moment, évoqué la mobilisation du Conseil Général des Côtes d’Armor qui soutient ces collectivités depuis plusieurs années déjà.
Troisième point, car il ne fallait pas en rester au curatif, une mission interministérielle va être mise en place afin de faire des propositions.
Au final, on peut se demander si tout cela reste vraiment une avancée !
Il faut noter que cette venue ministérielle a été précédée d’une interpellation très forte de Jean-Yves Le Drian, Président de la Région Bretagne, qui a transmis au chef du gouvernement ses grosses inquiétudes sur le sujet. Il est avéré aujourd’hui que ces algues vertes en décomposition sont hautement toxiques et que leur manipulation va donc demander des mesures de précautions exceptionnelles.
On peut d’ailleurs se demander si la prise en charge de ces frais par l’Etat ne signifie pas tout simplement un transfert de responsabilités de l’évacuation de ces dépôts aux communes. Qu’en sera-t-il demain si les élus sont mis en cause pour le non ou le mauvais nettoyage de nos côtes ? Et si, demain, il y avait de nouveaux incidents !
Pour nous, cette intervention financière bien généreuse ne doit pas s’accompagner d’un transfert de responsabilité des collectivités locales bien seules face à ce fléau.
Le 1er Ministre s’est par ailleurs bien gardé de fâcher quiconque sur la plage. Les réactions médiatiques qui ont suivi ces visites sont toujours aussi caricaturales. Les uns se sentant agressés, les autres victimes et tout cela, finalement, sans avancée.
Pour avoir assisté à cette rencontre, je dois vous avouer que je reste impressionné par le nombre de techniciens, d’organismes et d’intelligences regroupés là.
Mais, au fait, y a-t-il un chef de file ? Un responsable ? Tout le monde s’occupe du sujet mais au final, qui impulse une vraie dynamique territoriale ? L’Etat, la Région, le Département, les centres de bassin, les SAGES, etc. ?
De ce point de vue, les propositions de Jean-Yves Le Drian de demander l’expérimentation de la prise de compétence globale de l’eau en Bretagne représente une véritable avancée. En effet, demander au titre de l’expérimentation (Loi Raffarin) le transfert de compétence de l’eau vers la Région Bretagne, c’est demander par la même la création d’un SDAGE Breton prenant en compte les problématiques spécifiques de ce territoire notamment autour des algues vertes. Enfin, solliciter la réorientation des aides publiques de la Politique Agricole Commune et la régionalisation d’une partie de ces aides, sont de vraies propositions émises par le Président de la Région, Jean-Yves Le Drian, surtout au moment où le Parlement Européen est saisi de cette question.
Sur ces propositions, malheureusement aucune réponse ministérielle n’a été apportée.
Dommage car nous aurions pu nous doter là, non seulement d’un chef de file identifié mais également d’un responsable et de vrais outils financiers au service d’un autre développement rural, d’une réorientation nécessaire de notre agriculture et de l’aménagement de notre territoire.
Pour conclure, il faut remarquer que les nombreuses prises de parole des uns et des autres démontrent la sensibilité du problème. A ce propos, il m’apparaît plus judicieux de rechercher les moyens économiques et financiers susceptibles d’aider nos agriculteurs vers de nouvelles orientations de production plutôt que de polémiquer vainement.
Il est aujourd’hui bien clair pour tous que malgré les efforts réalisés, ils restent insuffisants. La nature est parfois injuste et force est de constater par exemple que les bassins versants qui se jettent dans la Baie de Saint-Michel en Grève sont loin d’être les plus intensifs en Bretagne. Des moyens financiers spécifiques doivent donc être dégagés pour aider les agriculteurs de ces bassins à s’engager au-delà même des simples réglementations énoncées par la loi.
Il en va de l’avenir de nos exploitations agricoles de nos bassins versants et de l’activité touristique de la Bretagne.